L'aventure continue

L'aventure continue

L’édition 2020 du Prix de thèse est une édition charnière. Ce prix, connu et reconnu sous le nom de Prix Varenne, devient à partir de cette année le Prix Louis Joinet.

Une nouvelle étape

L’édition 2020 du Prix de thèse est une édition charnière. Ce prix, connu et reconnu sous le nom de Prix Varenne, devient à partir de cette année le Prix Louis Joinet. Comme l’a indiqué le président de la Fondation Varenne, lors de la remise du Prix 2019, après 20 ans de soutien, la FAV transmet la gestion désormais entière de ce prix à l’IFJD. Cet évènement majeur est une nouvelle étape de notre prix sur la route de sa longue – et belle – histoire.
En effet, dès 1997, à l’initiative de Jean-Pierre Caillard, la Fondation Varenne accompagna la publication de thèses dans le cadre d’un partenariat conclu avec les Presses universitaires de la Faculté de droit de Clermont-Ferrand. En 2005, fut décidé le lancement d’un concours national de thèses de plus grande envergure, qui donna lieu à la création d’une seconde collection d’ouvrages. Il permit la constitution d’un nouveau jury réunissant des universitaires venus désormais de toute la France. En 2013, la gestion scientifique et matérielle du prix fut confiée à l’Institut universitaire Varenne, devenu en 2019 IFJD – Institut Louis Joinet. Le Prix Joinet prend ainsi la suite du Prix Varenne.
Ce moment est donc celui d’un passage. Qu’il me soit ici et aujourd’hui permis d’exprimer ma reconnaissance d’abord à tous ceux, qui, à la Fondation Varenne, ont rendu cette aventure possible. Au-delà de l’investissement personnel des acteurs de ce Prix, celui-ci a été le fruit de la volonté des hommes qui présidèrent cette Fondation : Paul Saigne, puis Daniel Pouzadoux, à qui nous devons tant. Fidèles à l’exemple de Jean-Pierre Caillard, ils ont assumé, soutenu et développé ce concours. Au-delà de leur contribution à la diffusion et au renom de la culture historique, juridique et politique francophone, ils doivent également être remerciés de ce soutien et de cette fidélité.
Ce moment est aussi celui d’une permanence symbolisée par l’engagement d’une même équipe depuis les années clermontoises jusqu’à aujourd’hui et demain : des membres du jury – mêlant leur expertise et leur dévouement – à l’équipe de l’IFJD, qui organise et continuera d’organiser ce prix, assurant sa continuité au-delà des étapes, des changements et des mutations.
Merci à notre jury qui, chaque année, alors même que chaque collègue qui le compose croule déjà sous le poids de ses charges et de ses propres travaux, trouve encore le temps, l’énergie et la passion de lire, page après page (plus d’un million depuis 1997 !), les thèses soumises à leur approbation.
De même, doivent également être remerciés toutes celles et ceux qui ont contribué à ce succès. Je pense et veux saluer ici Magalie Besse, directrice de l’IFJD, dont chacun a pu mesurer le rôle dans le développement du prix, sans oublier nos complices de la société Akilafôte, grâce auxquels, tous les ans, les thèses distinguées par le jury au mois de juin sont mises en page, relues et imprimées pour notre cérémonie de décembre.
Grace à eux, grâce à leur implication dès l’origine de ce prix, grâce à cette constance depuis 1997, nous pouvons aujourd’hui aborder cette nouvelle étape avec sérénité et confiance.

Une volonté assumée

Nous abordons cette nouvelle étape avec une volonté assumée. Nous sommes et resterons fidèles à nos valeurs et aux principes sur lesquels nous avons voulu asseoir ce prix.
Récompenser les meilleurs docteurs, c’est récompenser le travail et l’excellence. C’est récompenser un engagement personnel et une implication sans faille. C’est récompenser un choix fait de sacrifices. C’est récompenser un travail formidable et une quête d’excellence. C’est sans doute aussi l’occasion de récompenser un moment unique dans la vie de l’étudiant et dans celle de l’université tout entière. La thèse, à bien des égards, par la relation qu’elle crée entre le doctorant et son directeur de thèse, incarne peut-être la véritable quintessence de ce qui fait la grandeur de l’Université. La thèse, c’est d’abord un acte de recherche et le niveau des travaux que nous examinons démontre combien aujourd’hui cette exigence est devenue fondamentale. La thèse, c’est aussi un acte de pédagogie, pédagogie du rédacteur de la thèse pour rendre accessible à des lecteurs – forcément – moins avertis que lui, un savoir érudit et exhaustif. Pédagogie aussi de la part du directeur de recherche qui doit guider et orienter le travail de son élève en lui laissant suffisamment de liberté pour lui permettre d’éclore et suffisamment de limites pour l’amener doucement, patiemment et même parfois plus fermement, vers la soutenance.
Mais la thèse est sans doute surtout un moment de transmission. Transmission, car l’étudiant devient collègue et le directeur cesse d’être Professeur. La direction de thèse est don de soi, don de sa culture, don de son savoir-faire pour permettre à un jeune docteur de devenir enseignant et, à son tour, de guider d’autres étudiants. La thèse est donc aussi ce moment du passage final entre un élève et son maître. Dans les remerciements exprimés par l’élève et dans la préface écrite par le professeur se dit un au revoir que nous sommes très fiers de pérenniser dans un livre.
Et puis, au-delà de la récompense juste, assumée et méritée du talent, du travail et de l’engagement universitaire, la publication des thèses lauréates a aussi pour ambition de contribuer, à son échelle, au développement du débat intellectuel et scientifique. C’est bien là une tâche méritoire et tellement nécessaire, car nous connaissons aujourd’hui les difficultés de la recherche universitaire française. Dans nos domaines, moins de 40 % des thèses sont financées (ce qui explique sans doute que plus de 25 % des candidats inscrits abandonnent en cours de route) et bien moins encore publiées. Au début de l’année 2013, l’Institut Universitaire Varenne a développé, à côté de la « Collection des thèses » issue du Prix Varenne, ses propres collections pour permettre la parution de près de 140 ouvrages. En dépit de leur excellence scientifique, ils étaient sinon promis – en raison de lacunes des politiques de diffusion de la recherche universitaire – à l’anonymat des bibliothèques et des centres de recherche.
Ces valeurs ont été essentielles lors de la création de ce prix et tout au long de son existence. Elles continueront à nous inspirer et à nous guider aujourd’hui et demain.

Une ambition intacte

Continuer ce Prix de thèse ne signifie pas s’installer dans une routine et – encore moins – dans l’autosatisfaction. Depuis sa création, nous n’avons eu de cesse de le faire progresser et croître. Nous sommes aujourd’hui encore dans le même état d’esprit.
Au fil des éditions et de l’affirmation de sa réputation, le nombre de candidatures s’est considérablement accru, jusqu’à atteindre 231 lors de l’édition 2016, 245 en 2017, encore plus de 230 en 2018, pour atteindre le chiffre record de 348 en 2019. Au total, ce sont près de 2200 jeunes docteurs, qui ont déposé leurs candidatures. Merci donc à tous ces candidats qui, dans des conditions de plus en plus difficiles et face à des perspectives de recrutement universitaire de plus en plus minces, conçoivent, rédigent et soutiennent des thèses toujours plus nombreuses et de grande qualité.
Les catégories du concours se sont également diversifiées et enrichies pour englober la quasi-totalité du champ juridique et plusieurs domaines des sciences sociales. Le jury s’est donc élargi et compte désormais 40 universitaires représentant près de 20 universités françaises, garantissant à ce Prix une crédibilité scientifique et intellectuelle incontestable.
Nous entendons poursuivre cette logique et ce développement. Nous souhaitons nous ouvrir encore plus à d’autres champs disciplinaires (histoire, science politique, relations internationales), mais aussi à d’autres publics et d’autres continents. Nous sommes originellement très attachés et très liés à la Francophonie et à ses valeurs. Nous souhaitons donc ouvrir encore davantage ce concours vers l’ensemble du monde universitaire francophone et distinguer spécialement, pour en assurer la visibilité et la diffusion, des thèses soutenues en français dans le monde. Nous avons, il y a quelques années, signé une convention exploratoire avec l’Agence Universitaire de la Francophonie. Nous souhaitons poursuivre dans cette voie pour aider, comme nous le faisons pour les thèses soutenues en France, les jeunes docteurs des autres pays et régions francophones.
Il est enfin un dernier projet qui nous tient à cœur.
Dans de nombreuses universités, des enseignants sont aujourd’hui empêchés d’enseigner, menacés, emprisonnés et parfois même torturés et assassinés par des pouvoirs ou des organisations ne supportant pas que les amphithéâtres soient des lieux d’apprentissage libres et sans autre contrainte que celle de la rigueur intellectuelle.
Les libertés académiques, qui fondent notre métier et qui nous sont en France constitutionnellement reconnues, sont menacées dans de nombreuses universités dans le monde. Dès lors, nous souhaitons chaque année pouvoir célébrer un collègue privé de ces libertés-là. Nous réfléchissons à ce que pourrait être ce nouveau prix, qui porterait le nom de Maurice Audin, en hommage à ce jeune mathématicien français assassiné quelques semaines avant sa soutenance de thèse et pour lequel le Président de la République vient de reconnaître la responsabilité de l’armée française dans son exécution. Le symbole de sa soutenance de thèse, que tint à organiser l’Université de Paris en son absence, et le silence qui suivit l’appel de son nom par son directeur de thèse doivent nous accompagner et nous inspirer.
Comme un trait d’union entre Alexandre Varenne et Louis Joinet, qui l’un et l’autre furent des combattants de la justice et des droits humains, ce prix incarnera une valeur cardinale de l’université : la liberté de réflexion, d’expression et de transmission.
L’aventure du Prix Varenne devenu Joinet continue et c’est tant mieux.
Tant mieux pour les doctorants d’abord, qui ont vu dans ce concours une occasion de valorisation de leurs travaux. Tant mieux pour l’Université ensuite, qui peut ainsi mieux faire connaître le haut niveau de sa recherche. Tant mieux enfin pour nous, les organisateurs de ce Prix, car ces vingt années furent l’une de ces aventures intellectuelles et humaines, qui marquent définitivement la vie de ceux qui la partagent, en leur donnant l’occasion rare et précieuse de se réaliser dans ce qu’ils ont – toujours – souhaité être.

Candidater au Prix Joinet

Les jeunes docteurs désireux de publier leur thèse dans la « Collection des thèses » sont invités à candidater à notre concours annuel.